Féminisme

Pourquoi être féministe aujourd’hui ?

C’est vrai ça. Pourquoi continuer à se battre pour les droits des femmes quand tout semble acquis ? Droit de vote, droit à l’avortement, droit à la contraception, accès à un travail, autonomie financière … Ne sont-elles pas les égales des hommes ? Sur le papier, si. Alors, pourquoi est-il plus que jamais essentiel d’être féministe ?

… parce qu’il y a encore du boulot

Ce dimanche, le 25 novembre, est la journée mondiale de l’élimination de la violence faites à l’égard des femmes. Quand on entend « violence contre les femmes », on pense souvent violences conjugales, mais pas seulement, cela rassemble aussi les insultes, les propos sexistes, les agressions sexuelles, les viols. Ces atteintes à la sûreté et au bien-être des femmes sont malheureusement courantes dans leurs vies professionnelle et personnelle, dans la rue, dans les transports et parfois même chez elles. Et s’il y a une journée mondiale pour éliminer ces violences, c’est bien qu’elles existent encore.

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Image @pixabay

Je viens de terminer le livre de Natacha Henry, Frapper n’est pas aimer. Enquête sur les violences conjugales en France publié en 2010. J’ai lu aujourd’hui même cet article-dossier de Libération sur les femmes tuées sous les coups de leur mari-concubin-compagnon publié le 29 juin 2017. Vous voulez savoir ce qui a changé en mieux pour les femmes victimes de violences conjugales en 7 ans ? R-I-E-N. Que ce soit dans le livre ou dans l’article, ce sont les mêmes constats que j’ai retrouvés :

  • l’ébahissement naïf devant « ces femmes qui restent » : « mais pourquoi ne partent-elles pas ? ». La vraie question est pourquoi des gens se posent encore cette question quand il est si facile de comprendre une fois qu’on s’intéresse au sujet (spoiler : elles ont peur.)
  • les femmes tuées le sont généralement par un conjoint récidiviste, contre lequel plusieurs plaintes ou main-courantes avaient été déposées ou encore condamné pour d’autres faits (souvent des agressions sexuelles sur mineur-e). Donc quelqu’un qui avait déjà été signalé à la police et à la justice.
  • toujours classés dans la rubrique des faits divers, le traitement médiatique des cas de violences conjugales laisse à désirer. Natacha Henry le soulignait déjà en 2010 et préconisait des heures de formation pour les étudiant-e-s en journalisme afin d’éviter des titres comme « crime passionnel », « épris d’amour, il la tue », qui minimisent la violence et le caractère féminicide de ces actes. Pourtant, c’est encore ce genre de titre que l’on voit aujourd’hui. Comme si l’amour excusait tout, même les meurtres.

Il y aurait encore beaucoup à dire sur les violences conjugales et comme je le disais plus haut, ces violences ne sont pas les seules que subissent les femmes au quotidien. Mais cette absence d’évolution en 7 ans m’a révoltée. C’est sûr, il reste encore du boulot !


… parce que ces droits peuvent nous être retirés

1965 : droit pour les femmes d’ouvrir un compte en banque sans l’accord de leurs maris, 1967 : loi Neuwirth autorisant la contraception, 1975 : loi Veil sur l’Interruption Volontaire de Grossesse…

Les droits que nous avons obtenus sont tellement récents. Tellement fragiles. Comme le montre ce qui se passe en Pologne. Après la sortie du pays du bloc soviétique, les femmes s’étaient déjà vues retirer leur droit à l’avortement par le retour des catholiques au pouvoir. En octobre 2016 et en mars 2018, des projets de loi anti-IVG ont été présentés au Parlement par le gouvernement ultra-conservateur, provoquant d’importantes manifestations de femmes et des hommes les soutenant avec le hashtag #BlackProtest.

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Image @pixabay

Impossible en France ? Pourtant, si le droit à l’avortement n’est pas remis en cause dans l’Hexagone, les associations s’inquiètent des fermetures de centres IVG, faute de médecins pratiquant l’intervention. Un constat fait à la suite des propos polémiques tenus par Bertrand de Rochambeau, le président du syndicat des gynécologues obstétriciens, qui affirmait haut et fort que les avortements sont des homicides et qu’ils ne les pratiquaient plus. Toute femme a le droit de disposer de son corps comme elle le souhaite et de ne pas garder un enfant non désiré. C’est la loi. Mais dans la pratique, un accès plus difficile aux centres IVG est de fait une atteinte aux droits des femmes. On a l’impression d’avoir tellement avancé par rapport à des décennies en arrière. Mais voilà, avoir des droits et que ceux-ci soient respectés sont deux choses différentes. Si en théorie, les femmes sont les égales des hommes, c’est encore loin d’être le cas au quotidien.


… parce que le plus dur reste à faire

Déjà parce que ça en gêne certains que les femmes aient plus de droits. Parce que ça fait moins de place pour eux, parce que, si les violences contre les femmes sont réprimées, alors ils auront moins de moyen d’exercer leur domination masculine. Par exemple, quand ils disent à une femme d’aller se rhabiller ou la traitent de salope parce qu’ils jugent sa jupe trop courte à leur goût. A ce moment-là, ces hommes veulent avant tout montrer que c’est eux qui décident de ce qui est correct ou non pour une femme en terme de vêtement. Pour cela, il faut un dominant et un dominé – ou plutôt une dominée. Si l’égalité s’instaure, ces catégories disparaissent et il devient alors impossible d’exercer son pouvoir et d’en jouir. Et le pouvoir, ceux qui le détiennent n’ont généralement pas envie de le lâcher.

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Les violences à l’égard des femmes sont aussi dues aux stéréotypes inconscients que l’on perpétue sans s’en rendre compte. Et là, nous sommes TOUT-E-S concerné-e-s, que nous soyons féministes revendiqué-e-s ou non. Parce que le principe de l’inconscience, c’est qu’on n’en a pas conscience (merci pour cette tautologie de foufou !). On ne se rend pas forcément compte que ce que l’on dit, que ce que l’on fait a une portée sexiste. C’est pour ça qu’il est important de se remettre régulièrement en cause en tant que produit d’une société patriarcale et sexiste. Quand, par exemple, un-e ami-e nous le fait remarquer ou quand on se sent mal à l’aise après avoir lancé une (mauvaise) blague. Nous ne sommes pas parfait-e-s mais nous pouvons nous améliorer en nous informant sur le sujet, en prenant le temps de considérer nos paroles et nos actions, en ne rigolant pas aux propos dégradant les femmes. Et ça, ce n’est pas facile à faire parce que ça veut dire sortir de sa zone de confort, faire de la pédagogie à des gens qui ne sont pas forcément réceptifs. Pourtant, le diable est dans les détails dit-on et c’est bien pour ça qu’il faut faire tout ce qu’on peut pour se faire entendre et défendre la cause du féminisme. Pour avancer et devenir tout-e-s un peu plus humain-e-s chaque jour.


Ce samedi 24 novembre sont organisées des marches partout en France par le collectif Nous Toutes pour en finir avec les violences sexistes et sexuelles. Voici la carte pour découvrir les marches qui ont lieu près de chez vous. Je n’aurais malheureusement pas l’occasion de défiler mais si vous le souhaitez, foncez !

J’en profite pour vous partager l’article 3 pistes pour être féministe et le rester de celle qui m’a inspiré cette réflexion : Pauline du blog Un Invincible Eté.
Si vous souhaitez vous informer plus longuement sur la question du genre et du féminisme, n’hésitez pas à consulter ses articles sur le CLFAntigones (Club des lectures féministes des Antigones) dont elle est la cofondatrice avec Ophélie Véron.

J’espère que cet article réflexif vous a plu.
J’aimerais en savoir plus sur vous : vous définissez-vous comme féministe ? Qu’est-ce que ce mot vous inspire ? Pensez-vous qu’il est toujours nécessaire de se battre pour le droit des femmes ?

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